Affichage des articles dont le libellé est attac. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est attac. Afficher tous les articles

dimanche 14 novembre 2010

G20 de Séoul : vive le marché libre !

Analyse de la déclaration finale du G20 de Séoul.


La guerre des monnaies fait rage et menace de dégénérer en crise financière et géopolitique. La Chine protège ses gigantesques excédents commerciaux en conservant une monnaie sous-évaluée. Les États-Unis créent 600 milliards de dollars pour faire baisser leur devise. L’Allemagne étouffe la zone euro par sa politique d’exportation agressive basée sur le dumping social. Que propose le G20 pour dissiper les nuages noirs qui s’amoncellent à l’horizon ?

Des mots creux sur "la croissance retrouvée" et "l’économie d’après-crise". Un "processus d’évaluation mutuelle" pour définir des "indicateurs" qui permettraient "d’identifier les déséquilibres" commerciaux et financiers - sans aucun mécanisme prévu pour corriger ces déséquilibres. Le G20 n’engage pas la moindre action contre l’hégémonie de la finance : aucun élément sur la taxe sur les transactions financières qui aurait un effet direct sur la spéculation, aucun effort pour entraver l’évasion fiscale, aucune proposition pour séparer les activités bancaires de dépôt de celles uniquement dévolues à la spéculation, ce qui serait la meilleure solution aux banques "too big too fail".


Mais on retiendra surtout la consternante détermination du G20 d’aller vers "un système monétaire international où les taux de change sont davantage déterminés par le marché".

Alors qu’aucune mesure n’a été prise pour limiter la spéculation sur le marché des changes, qui représente 3 000 milliards de dollars par jour ; alors que cette spéculation provoque d’incessants mouvements de yo-yo entre les devises, sans aucun rapport avec les fondamentaux des économies nationales ; alors que la Grèce, le Portugal, aujourd’hui l’Irlande, sont la proie d’une spéculation déchaînée qui menace à terme l’existence même de l’euro, cette réaffirmation du fondamentalisme de marché confirme l’incapacité du G20 à tirer les leçons de l’effondrement financier de 2008, et rend probable une nouvelle crise à court ou moyen terme.

La réforme du système monétaire international est plus que jamais indispensable. Mais elle ne peut consister à livrer sans cesse davantage les monnaies aux caprices de la finance. Au contraire, il faut dans l’immédiat taxer et réglementer drastiquement la spéculation sur les devises, mais aussi sur les matières premières, les dettes souveraines... À terme il faut viser le remplacement du dollar par une monnaie commune mondiale, instrument de résorption coordonnée des déséquilibres commerciaux : les pays excédentaires devront réévaluer leur devise par rapport à la monnaie mondiale, et les pays déficitaires dévaluer la leur.

La conclusion de Séoul, que Nicolas Sarkozy a endossée sans piper mot, réduit d’ores et déjà à néant ses rodomontades sur la réforme du système monétaire international. Il s’agissait pourtant, d’après lui, de l’ambition majeure de sa présidence du G20, qui s’ouvre aujourd’hui.

Les mouvements sociaux de France, aux côtés des mouvements sociaux du monde entier, prennent le relais de la résistance au G20. Ils n’auront de cesse de porter la réponse populaire à l’illégitimité et l’inefficacité de ce G20, totalement incapable de contester la dictature de la finance.


Attac France,
Paris, le 12 novembre 2010
http://www.france.attac.org/spip.php?article11875

jeudi 2 septembre 2010

Faire dérailler la réforme des retraites


Avec la conjonction d'une réforme notoirement injuste des retraites et du scandale Woerth-Bettencourt, la France est entrée dans une crise politique majeure, dont l'issue est à ce jour très incertaine. Les véritables objectifs de la réforme étaient voilés par un argumentaire d'intérêt général : pour préserver la retraite par répartition, la démographie et le bon sens imposeraient de travailler plus longtemps pour obtenir sa retraite à taux plein. Certes, beaucoup de salariés du bas de l'échelle, souvent déjà exclus de l'emploi avant 60 ans, se demandaient pourquoi ce sont justement leurs pensions qui seront réduites. Mais pour la majorité des commentateurs et de l'opinion publique, cette question relevait de la négociation sociale entre "partenaires sociaux", avec ses formes classiques de luttes et de compromis.
Cette grille de lecture était déjà contestable avant les révélations de Médiapart. En effet, la réforme Woerth se distingue fortement de la réforme Fillon de 2003 du fait de la pression considérable qu'exercent aujourd'hui les opérateurs financiers sur les Etats européens. Les modalités adoptées – en particulier le report de l'âge de la retraite à 62 ans – visent moins à assurer un équilibre financier de long terme qu'à réduire très rapidement le déficit public, de façon à préserver la bonne note de la France auprès des agences de notation financière et calmer les spéculateurs. Le lien entre la réforme et les exigences du capital financier était donc déjà beaucoup plus apparent qu'en 2003, posant clairement la question de la tutelle de l'industrie financière sur l'Etat et la société, alors même que cette industrie vient d'être sauvée de la faillite par les contribuables.
Mais la révélation des liens étroits entre le ministre chargé de la réforme et la contribuable la plus riche (mais l'une des moins imposées en proportion de son revenu) de France a achevé de déchirer le voile de l'intérêt général. Comment monsieur Woerth peut-il prétendre défendre une réforme équitable quand chaque jour amène son lot de révélations sur des salaires de complaisance, conflits d'intérêts, enveloppes de billets, chèques extravagants, comptes en Suisse, îles paradisiaques… Bien sûr, les politiques publiques profitent toujours à des intérêts particuliers. Dès le 6 mai 2007 Nicolas Sarkozy a affiché clairement qui étaient ses mandataires : Fouquet's, bouclier fiscal… Cependant la force de la démocratie libérale réside dans sa capacité à préserver le consentement populaire à la domination oligarchique tant que les justifications d'intérêt général ("c'est pour faire revenir les grandes fortunes en France") restent tant soit peu crédibles.
Mais quand on découvre que le fisc a versé un chèque de 30 millions d'euros à madame Bettencourt, laquelle n'a subi aucun contrôle fiscal depuis des lustres, emploie la femme du ministre du budget et finance les campagnes de MM. Woerth et Sarkozy, le consentement populaire vacille : la crise de régime devient possible. Que se passera-t-il quand le même M. Woerth se présentera à l'Assemblée pour faire voter la baisse des retraites des ouvriers et employés ?
UN CHOIX DE SOCIÉTÉ
La conscience du danger extrême n'est évidemment pas pour rien dans la décision extrême prise récemment par Nicolas Sarkozy d'amalgamer officiellement délinquance et immigration et de stigmatiser les Roms. Allumer un contre-feu, ouvrir un deuxième front, diviser les classes populaires : la tactique, pour transparente qu'elle soit, n'en est pas moins redoutablement efficace. Début septembre auront lieu deux manifestations de très grande ampleur – le 4 septembre "face à la xénophobie et à la politique du pilori", le 7 septembre contre la réforme des retraites. Les éditorialistes compareront le nombre et le pedigree des manifestants, les déclarations martiales de MM. Hortefeux et Estrosi soulageront la pression médiatique sur M. Woerth, les militants courront d'une manifestation à l'autre…
Il faudra de la créativité aux mouvements sociaux pour sortir du piège. Face à l'intransigeance et à l'absence totale de scrupules de ce pouvoir, une insurrection civique peut seule mettre le holà à tant d'injustices et d'amalgames. Pétitions, manifestations, grèves sont absolument indispensables sur les deux terrains de la justice sociale et de la défense des immigrés. La politique sarkozyste instrumentalise – avec de bonnes chances de succès – le racisme pour diviser les classes populaires. Pour déjouer la manœuvre, la mise en échec de la réforme des retraites est un enjeu décisif à court terme.
Cette réforme est un choix de société, un choix contestable et fortement contesté par la société. Il serait légitime de consulter directement le peuple, comme le prévoit d'ailleurs la Constitution depuis sa réforme de 2008. Mais Nicolas Sarkozy n'a évidemment aucune intention de le faire. Une votation citoyenne, co-organisée début octobre par les syndicats, les associations, les partis politiques de gauche, les municipalités, ferait pénétrer le débat dans les quartiers, les immeubles, les entreprises, les villages partout en France. Elle pourrait rassembler des millions de votants pour exprimer le rejet populaire de la réforme "Woerth-Bettencourt". Loin d'affaiblir l'action syndicale, elle ancrerait le mouvement de refus au plus profond de la société, renforçant d'autant les cortèges de manifestants et les mouvements de grève. Un recul du gouvernement sur les retraites contribuerait aussi, de façon peut-être décisive, à discréditer la diversion raciste cyniquement organisée par le pouvoir.

Thomas Coutrot, co-président d'Attac
 

vendredi 25 juin 2010

G20 : pas de plans de rigueur prévus pour la finance

Les gouvernements des pays les plus riches et les plus puissants du monde se retrouvent ce week-end au sommet du G20 à Toronto. Mais bien qu'ils portent une responsabilité écrasante dans la dérive du système économique international et dans la dérégulation des marchés financiers qui en est à l'origine, ce G20 s'annonce comme une nouvelle mascarade.  

Les derniers G20 ont abouti à des plans de relance et des aides massives aux systèmes financier et bancaire, sans qu'en contrepartie ceux-ci soient soumis à de nouvelles régulations. La récession et les plans de relance ont causé d'importants déficits publics,  prétextes à  de vastes plans de rigueur sociale qui imputeront la note aux salariés, retraités et chômeurs.

Le G20 est divisé  sur l'efficacité de ces plans : les États-Unis soulignent à juste titre leurs conséquences néfastes sur l'activité économique. Mais ils refusent en même temps toute proposition conséquente de  taxation de la finance. Le sachant, les Européens proposent pour la galerie de mettre à l'étude une taxe mondiale sur les transactions financières, demandée par de nombreuses organisations de la société civile. Mais si les Européens veulent vraiment le faire, pourquoi ne pas le décider au niveau européen ?  Même la taxe  sur les banques, mesure pourtant inepte en terme de régulation financière, ne semble pas faire consensus puisque le Canada, pays hôte, le Japon et les pays émergents rejettent cette idée. Pour sauver la face, le communiqué final du G20 indique, dans sa version préliminaire qui a fuité, que le G20 veut combattre les causes de la crise financière... mais ne propose que la création d'un groupe d'experts sur la corruption financière. Même les paradis fiscaux et judiciaires semblent avoir disparu des discussions.

Pire, les pays s'engagent à ouvrir encore davantage les marchés de biens et de services (dont les services financiers !) et à continuer d'éliminer les derniers instruments de protection dont disposent les gouvernements ou les régions vis-à-vis du tout marché . C'est même le seul paragraphe consistant du communiqué provisoire. Les gouvernements du G20 réaffirment leur foi dans le libre marché, pourtant au fondement de cette profonde crise structurelle. Comme des fidèles qui ne croient plus, ils psalmodient de vagues promesses de  « reprise verte » et de « croissance mondiale durable » et réaffirment leur détermination à atteindre les Objectifs de développement du millénaire, alors même qu'ils s'en éloignent année après année.

Pour Attac, c'est le désarmement de la finance qui constitue l'urgence. Il passera notamment par les mesures suivantes :
- la mise en place immédiate d'une taxe sur les transactions financières au plan mondial, à un taux suffisant pour avoir un effet régulateur sur les marchés financiers et dégager les fonds nécessaires pour la lutte contre le réchauffement climatique et la pauvreté ;
- la suppression des paradis fiscaux ;
- des politiques de relance passant par le soutien des services publics et la reconversion écologique de l'économie, plutôt que par l'austérité et l'érosion des salaires et retraites.

Le réseau  mondial des Attac est présent à Toronto et participe aux manifestations de la société civile canadienne contre ce sommet des puissants.


Attac France,
Montreuil, le 25 juin 2010

http://www.france.attac.org/spip.php?article11519

dimanche 7 mars 2010

Islande : « non », les contribuables n'ont pas à payer

Les premiers résultats indiquent un rejet massif de la loi Icesave par les islandais, à plus de 95% contre (1% pour et 4% d’absention). Cette loi aurait obligé de verser 3,8 milliards d’euros, soit 12 000 euros par habitant islandais, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Les citoyens islandais refusent ainsi de payer pour les errements du système bancaire privé et de gouvernements irresponsables.

La banque en ligne Icesave opérait au Royaume-Uni et aux Pays-Bas en prenant tous les risques et en proposant des rémunérations mirobolantes à ses clients. Victime de ses propres combines financières, la banque s’écroulait dès 2008. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas réclament à présent à l’Islande le remboursement des sommes qu’ils ont dépensées pour dédommager les clients lésés par la faillite d’Icesave. Ils prétendent s’appuyer pour cela sur le droit européen et la garantie en dernier ressort de l’État islandais, ce que les Islandais contestent.
Dès 2008, suite à l’écroulement d’Icesave, le Royaume-Uni avait recouru à la législation antiterroriste pour geler les avoirs islandais, étouffant davantage l’économie islandaise. Aujourd’hui, pour faire payer la dette aux contribuables islandais, le Royaume-Uni et les Pays-Bas multiplient les menaces d’isolement économique, d’annulation des soutiens promis et de refus d’adhésion à l’Union européenne. Cela avec l’appui du Fonds monétaire international, de l’Union européenne et des autres pays européens, pour qui la bonne image du secteur bancaire européen passe avant la reconstruction économique et sociale d’un pays.
Les lobbies financiers accusent maintenant les Islandais de ne pas prendre leurs responsabilités. Nous considérons au contraire qu’ils prennent une position responsable : pour la première fois, de façon concrète, les citoyens refusent de payer pour les énormes risques pris par des banques privées et des investisseurs dans le seul but d’une rentabilité maximale du capital. Ce « non » a été soutenu par la société civile islandaise dont Attac, qui vient de se créer en Islande. Il fait écho aux mobilisations des citoyens grecs qui refusent de payer les pots cassés de la crise sous la pression de la spéculation monétaire. Il donne corps à toutes les revendications visant à imposer de fortes régulations publiques au système financier, à commencer par une taxation internationale sur les transactions financières.

attac

samedi 5 décembre 2009

Décidément, l'OMC ne comprend rien

La crise de légitimité de l'OMC est évidente : alors que s'approfondit la crise globale à laquelle l'OMC a significativement contribué, celle-ci a décidé de ne rien changer, et de poursuivre la réalisation de son programme de dérégulation et de libéralisation, qui reste identique à celui de 2001 (date à laquelle a commencé le cycle de Doha).

Un décalage patent existe entre ce que les gouvernements disent dans leurs pays, entre ce que les populations demandent et les déclarations de ces mêmes gouvernements durant la 7ème conférence ministérielle qui vient de s'achever à Genève. Alors que de nombreux pays en développement ont demandé que le développement soit au centre des négociations, celles-ci visent à plus de destructions d'emplois, d'insécurité alimentaire, d'insécurité financière, et de dérégulation du secteur des services. De plus, la libre circulation des connaissances et des techniques est entravée par l’accord ADPIC sur le droit de propriété intellectuelle, au moment même où les pays les plus pauvres et les pays émergents auraient besoin d’accéder à ces ressources pour atténuer les méfaits du changement climatique et y faire face.

De plus en plus de pays du Sud rejettent le modèle désastreux porté par l'OMC : ils refusent de répondre aux exigences croissantes des pays du Nord visant à libéraliser leurs marchés. Malgré le discours prononcé à l'issue de cette conférence ministérielle, affirmant que "les Ministres font preuve de l’énergie politique nécessaire pour mener à bien le Cycle de Doha", il ressort clairement de cette conférence une absence profonde de légitimité de l'OMC. D'ailleurs, les pays en développement se sont mis d'accord en marge de la conférence pour négocier leur propre accord commercial à l'horizon de 2010. Dans cette situation, il est d'autant plus urgent d'appeler à un nouveau cadre de régulation multilatéral, fondé sur la coopération et la solidarité. Il est nécessaire également de remettre en cause les accords de libre-échange bilatéraux ou régionaux qui se multiplient dans le monde et qui vont souvent encore plus loin que l'OMC en termes de libéralisation.

Enfin, l’OMC, en mettant en concurrence l’ensemble des régions du monde, a engendré un dumping environnemental sans précédent. À Genève, juste avant le sommet de Copenhague, elle a tenté d'imposer sa propre vision du changement climatique, qui passe par les solutions de marché et la libéralisation. À Copenhague, dix ans après Seattle, de multiples organisations et réseaux internationaux préparent des mobilisations citoyennes d'ampleur pour porter ensemble l’urgence climatique et la justice sociale.

Attac France,
Montreuil, le 4 décembre 2009

vendredi 27 novembre 2009

Le climat dans la tourmente des marchés

Dix jours avant Copenhague et quelques jours avant la conférence ministérielles de l'OMC, Attac France publie aujourd’hui un rapport qui démontre, face au changement climatique, les risques engendrés par les fausses solutions du marché.

À la veille du Sommet de Copenhague, les propositions avancées par les grandes puissances pour lutter contre le changement climatique ont un point commun : le marché est censé apporter les éléments d'un dépassement de la crise climatique.
Marchés du carbone, mécanismes de compensation, REDD, libéralisation du commerce des biens et services environnementaux, tous les dispositifs proposés menacent en réalité de transformer l’air que nous respirons, les forêts, les sols en marchandises et titres de propriété échangeables sur les marchés. L'OMC, réunie en conférence ministérielle à Genève du 30 novembre au 2 décembre, tente ainsi de regagner une légitimité avec le changement climatique, et affirme sans preuves que la libéralisation des échanges contribuera à l'enrayer.

Dans son rapport rendu public aujourd'hui, Attac France montre l'ampleur des risques écologiques, sociaux, politiques qu'induisent les réponses de marché au changement climatique. Ni les marchés du carbone ni la libre concurrence et le libre-échange généralisé ne sont des remèdes efficaces, ils exposent même la planète à de nouvelles déstabilisations.
Pour Attac, les pays industrialisés doivent reconnaître leur dette écologique et s'engager sur des propositions de financement public beaucoup plus ambitieuses à l'égard des pays en développement, que l’ONU estime à 240 milliards par an minimum d’ici 2020. Le financement de la lutte contre le changement climatique doit être organisé par les Nations unies et reposer sur une fiscalité globale et contraignante. Il doit s’accompagner de la remise en cause du régime de propriété intellectuelle promu par l'OMC qui, tout en assurant le piratage des ressources du Sud, empêche les transferts de technologie nécessaires pour assurer une transition vers des modèles de production et de consommation sobres en carbone.

Attac France,
Montreuil, le 26 novembre 2009


Télécharger le rapport : http://www.france.attac.org/spip.php?article10514

mardi 5 mai 2009

L'ONU démocratisée au lieu du G20 illégitime

Les gouvernements des pays les plus puissants du monde sont-ils prêts à prendre en compte réellement la gravité de la crise, l’urgence des problèmes sociaux et écologiques à résoudre, c’est-à-dire l’intérêt général de toute l’humanité ?

Il suffit pour le savoir d’observer leur attitude à l’approche de la conférence de l’ONU prévue du 1er au 3 juin pour traiter des solutions à apporter à la crise mondiale. Plusieurs d’entre eux exercent des pressions pour minimiser l’importance de cette conférence et n’envisagent pas d’y envoyer les plus hauts responsables de leur État.

Ainsi, non contents d’avoir organisé un simulacre de régulation lors du sommet du G20 à Londres, début avril, en faisant semblant de lutter contre les paradis fiscaux et en refusant de remettre à plat le système monétaire et financier international, ces gouvernements signifient le mépris dans lequel ils tiennent la majorité des peuples du monde. L’ONU, seule instance internationale ayant une légitimité pour traiter des relations internationales, est reléguée à un rôle subalterne, tandis que les G8 ou G20 semblent définitivement installés en tant que directoire du monde.

À la vacuité des mesures prises pour éviter le retour des crises s’ajoute donc un contournement de la démocratie puisque 172 pays membres de l’ONU sur 192 n’auront pas ou peu voix au chapitre.

Or, à la racine profonde de la crise globale que traverse le capitalisme mondialisé, il y a précisément le pouvoir exorbitant des riches, de ceux qui détiennent le capital et qui disposent de l’arsenal militaire le plus complet. Il n’est donc pas étonnant qu’ils s’affranchissent des règles minimales que les Nations unies ont pu faire adopter. Au moment où, au contraire, il faudrait réformer profondément l’ONU, notamment le Conseil de sécurité, pour lui donner les moyens d’accomplir les tâches que sa Charte lui assigne, les décideurs les plus influents du G20 la dévalorise un peu plus.

À cause de ses multiples dimensions, économique, financière, sociale, alimentaire, écologique, la crise actuelle exige des solutions résolument alternatives, que seules des instances représentatives de tous les peuples sont habilitées à mettre en œuvre. C’est la raison pour laquelle Attac appelle l’ensemble des citoyens à faire pression pour que l’intérêt général l’emporte sur les intérêts privés, la solidarité sur la concurrence et la démocratie sur le pouvoir de l’argent.


Attac France,

Montreuil, le 5 mai 2009

vendredi 13 juin 2008

L’accord européen sur le temps de travail n’est pas un « compromis », c’est une régression

Sous couvert de resserrer les règles autorisant les salariés à travailler plus de 48 heures par semaine, les États membres de l’Union européenne, à cause notamment du changement d’attitude de la France avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, viennent de porter un nouveau coup à l’encadrement de la durée du travail dans l’Union. Attac condamne cet accord, qui constituerait une grave régression si le Parlement européen l’entérinait.

La directive 93-104 du 23 novembre 1993 permettait au Royaume-Uni de déroger à la durée du travail fixée dans l’UE à 48 heures hebdomadaires. Une clause de la directive prévoyait de réexaminer cette dérogation en 2003. Depuis cette date, le Royaume-Uni bloquait toute discussion concernant ce sujet, mais le soutien discret de la délégation française aura eu raison d’un consensus assez général souhaitant supprimer du texte la notion d’opting out, qui ouvre la possibilité de travailler au-delà de cette limite.

C’est en fait le contraire qui a été décidé le 9 juin par le Conseil des ministres chargés du travail : le maintien et la consolidation de la dérogation offerte aux employés de travailler « s’ils le veulent » jusqu’à 60, voire 65 heures par semaine à titre individuel, plafond qui pourra encore être dépassé dans le cadre de conventions collectives d’entreprises.

Par ailleurs, la notion de « durée du travail » a été revue dans un sens restrictif, avec la définition de « périodes de garde inactives » qui ne pourront plus être considérées comme temps de travail.

Cette dernière mesure doit être considérée avec attention. Deux arrêts de la Cour de justice des Communautés européennes stipulaient que le temps de garde doit être intégralement calculé comme temps de travail, et les personnels hospitaliers particulièrement, soumis à des dépassement d’horaires fréquents et répétitifs au rythme des interventions médicales, s’appuyaient sur ce droit pour en obtenir compensation. La nouvelle définition les priverait de cette possibilité.

D’autres dispositions dangereuses sont prévues : l’une, qui était au départ positive, prévoit dès le premier jour de travail un même traitement entre intérimaires et employés permanents, sauf si les partenaires sociaux concluent un accord national sur un « délai de grâce » supérieur, ce qui est le cas au Royaume-Uni. Une autre entend augmenter la durée pendant laquelle est calculée la moyenne de 48 heures hebdomadaires.

Le gouvernement Fillon prétend que les dispositions dérogatoires demandées par le Royaume-Uni, mais acceptées et applicables dans toute l’Union, n’influenceront pas la politique française sur le droit du travail. Pourtant, les projets proposés par le ministre Xavier Bertrand prévoient que des accords dérogatoires puissent remettre en cause au cas par cas les majorations d’heures supplémentaires et les durées maximales de travail, un opt out à la française qui entre parfaitement dans le cadre du compromis du 9 juin.

Si ce compromis était validé par le Parlement européen, car il s’agit d’un sujet entrant dans le cadre de la codécision, et ce à l'encontre de la volonté des organisations syndicales dont la CES, ces remises en cause, dans un contexte de marché du travail de plus en plus déréglementé, pèseraient gravement sur la réduction du temps de travail, l'hygiène et la sécurité, droits auxquels les salariés sont particulièrement attachés.

Attac France,
Montreuil, le 11 juin 2008

source: http://www.france.attac.org/spip.php?article8659

samedi 24 mai 2008

Le néolibéralisme tue, ça suffit !

Appel à une mobilisation du 14 au 22 juin pour dénoncer la spéculation !

http://www.france.attac.org/spip.php?article8560

La crise des subprimes a jeté hors de leurs maisons des millions d’Américains des États-Unis, et a engendré la crise financière la plus grave depuis celle qui avait précédé la grande dépression de 1929. L’explosion des prix des matières premières et des céréales aggrave des situations déjà désastreuses pour les plus fragiles, au Nord comme au Sud, jusqu’à provoquer une crise alimentaire et faire renaître des émeutes de la faim. Et, pendant ce temps, la crise écologique s’accentue tous les jours un peu plus.

Derrière ces crises globales se cache un système : le néolibéralisme avec le culte du profit, et ses instruments, les marchés financiers et la spéculation. La brutalité de ce système en plein développement depuis vingt-cinq ans éclate au grand jour. À l’heure où les chefs d’État ou de gouvernement de l’Union européenne se réuniront, et à la veille du prochain G8, nous dirons : « Ça suffit, ce système n’est plus supportable. »

Dans la semaine du 14 au 22 juin, autour de la réunion du Conseil européen, nous nous rassemblerons devant les symboles du pouvoir devenu suprême : le pouvoir économique et financier, et notamment la Bourse de Paris, le 19 juin.
Nous montrerons par la dérision l’indécence du système actuel. Nous organiserons une grande foire à la spéculation, SPECULAND, où nous invitons tous les citoyens à venir inventer, pour les dénoncer aussitôt, les marchés spéculatifs du futur (voir le texte ci-joint).

Nous affirmerons notre exigence d’un autre monde possible et indispensable, en invitant toutes les organisations porteuses d’alternatives concrètes au système néolibéral à venir tenir des stands de présentation.

Nous affirmerons l’urgence de premières mesures de rupture avec ce système qui menace aujourd’hui la survie de l’humanité, notamment :
1) Taxe d’urgence de 10% supplémentaires sur les revenus financiers afin de :
- dégager les ressources nécessaires immédiatement pour desserrer l’étau de la faim ;
- tuer dans l’œuf tout embryon de spéculation avant qu’elle ne dégénère.
2) Encadrement très strict de la liberté de circulation des capitaux en Europe.
3) Suppression des paradis fiscaux.
4) Contrôle politique démocratique de la Banque centrale européenne.
5) Mise sous contrôle public des banques et autres institutions financières pour interdire la titrisation et casser la spéculation sur les produits dérivés.
Nous invitons d’ici là les citoyens à signer massivement la pétition « Spéculation et crises : ça suffit ! », soutenue par de nombreuses organisations en Europe, http://www.stop-finance.org

Cette initiative du 19 juin sera suivie le 21 juin d’un séminaire à Paris sur la crise financière, ses conséquences et les propositions alternatives. Organisé par les initiateurs de la pétition « Spéculation et crises : ça suffit ! » et par Attac, il est ouvert à tous et sera un moment d’approfondissement de nos analyses et de nos solutions.

Voir toutes les informations bientôt sur http://speculand.attac.org

Attac France,
Montreuil, le 23 mai 2008

______________________________________________

archives du blog